Les données économiques du Congo entrent dans l’ère numérique
Au siège de l’Institut National de la Statistique à Brazzaville, des techniciens finalisent le code qui sous-tendra bientôt le premier répertoire national des entreprises. La plateforme, dont la sortie est prévue pour plus tard cette année, est décrite comme « une amélioration structurelle pour une élaboration des politiques fondée sur des preuves ».
Pendant des décennies, les décideurs se sont appuyés sur des enquêtes ad hoc pour évaluer la santé des entreprises congolaises, une méthode qui était souvent en décalage avec la réalité. Le futur référentiel promet des informations en temps réel sur les créations, expansions et fermetures d’entreprises formelles dans les 12 départements.
Cette initiative répond à l’instruction du Président Denis Sassou N’Guesso en 2022 de « numériser les fonctions de l’État qui sous-tendent la souveraineté économique », une directive réitérée lors du dernier Conseil des Ministres. Le registre est perçu comme une première réalisation de cette feuille de route plus large de transformation numérique.
Cadre HISWACA soutenu par la Banque mondiale
La réforme s’inscrit dans le cadre de la deuxième phase du projet d’Harmonisation et d’Amélioration des Statistiques en Afrique de l’Ouest et du Centre. Brazzaville a signé l’accord de financement en décembre 2022, débloquant cinq millions de dollars pour la modernisation statistique.
Le projet bénéficie à la fois d’un financement et d’outils spécialisés qui « compressent les cycles de développement de plusieurs années à quelques mois ». Le mentorat technique est assuré par AFRISTAT et l’INSEE de France, garantissant que l’ensemble de données congolais est conforme aux normes internationales.
Au siège, des équipes achètent des serveurs sécurisés adaptés aux climats tropicaux, tandis que des liaisons fibre données par Congo Telecom promettent une connectivité fluide entre Brazzaville et les bureaux régionaux. Ces dépenses matérielles, bien que modestes, symbolisent un engagement à héberger localement l’infrastructure.
Construction d’un registre dynamique des entreprises
Le répertoire capturera l’identité légale, la localisation, le code d’activité, la taille de la main-d’œuvre et le chiffre d’affaires de chaque entreprise, créant une source unique de vérité pour les ministères, les autorités fiscales et les investisseurs. Les doublons seront supprimés via un identifiant unique connecté à la plateforme TIGRE.
Les données proviendront de multiples points d’entrée : bureaux d’enregistrement des entreprises, régulateurs sectoriels, douanes, banque centrale et enquêtes de terrain périodiques. Des vérifications croisées automatisées signaleront les incohérences, permettant aux analystes de valider avant publication. L’objectif est de mettre à jour le système au moins une fois par an.
Formation de statisticiens congolais à Nantes
Quatre statisticiens en milieu de carrière passeront trois semaines à l’Institut de Démographie de l’Université de Nantes, apprenant des techniques avancées de registre d’entreprises. Le séjour comprend une immersion dans des études de cas françaises et des sessions pratiques avec des logiciels statistiques open-source.
À leur retour, le groupe formera des collègues lors d’ateliers à Brazzaville et à Pointe-Noire, multipliant les compétences au niveau national. Le transfert de connaissances est considéré comme le véritable dividende, avec plus de trente personnes devant atteindre une compétence intermédiaire d’ici la fin de l’année.
Calendrier de mise en œuvre de soixante-seize jours
Les documents du projet décrivent un calendrier serré de soixante-seize jours ouvrables. Il commence par la conception de l’architecture des données, suivie par des téléchargements pilotes à partir du recensement des entreprises de 2020. À mi-parcours, un comité de validation certifiera l’intégrité des données avant le lancement en douceur.
L’étape finale est une publication au journal officiel qui donnera au registre un statut légal en tant que référence principale du Congo pour les statistiques des entreprises. Des mises à jour annuelles sont déjà budgétées dans le plan directeur des statistiques nationales pour assurer la continuité après la fin du financement de la Banque mondiale.
Pourquoi les investisseurs sont attentifs
Un registre complet peut raccourcir la diligence raisonnable et révéler des opportunités sectorières en dehors du pétrole et des mines. Des chiffres fiables sur les petits fabricants à Dolisie ou les agro-transformateurs à Ouesso aident à diversifier les risques.
Les économistes s’attendent également à des retombées pour le crédit intérieur. Les banques commerciales pourront vérifier plus facilement les antécédents des clients, réduisant potentiellement les exigences de garantie pour les PME conformes. Cela correspond à l’ambition du gouvernement de porter le crédit au secteur privé à quinze pour cent du PIB d’ici 2026.
Seules les statistiques agrégées seront publiques, tandis que les enregistrements détaillés resteront limités aux agences autorisées, équilibrant les préoccupations de compétitivité avec la responsabilité en matière de fiscalité et de conformité du travail.
Intégration régionale et modules futurs
Au-delà des frontières nationales, le répertoire pourrait alimenter le nuage statistique émergent de la CEMAC, permettant des analyses comparatives à travers l’Afrique centrale. Les données pourraient être utilisées pour affiner les modèles de politique monétaire sensibles aux chocs démographiques des entreprises.
Les ingénieurs explorent déjà des modules complémentaires pour les empreintes environnementales et la propriété ventilée par sexe, des fonctionnalités qui s’aligneraient sur les objectifs de développement durable. Un bon registre n’est jamais terminé, il évolue avec l’économie qu’il mesure.