Surge festive du trafic et risques cachés
La nuit tombée en décembre transforme les avenues de Brazzaville, Pointe-Noire et Dolisie en rubans scintillants de phares. Les mariages, les veillées d’église et les fêtes d’entreprise se prolongent tard, et les automobilistes se précipitent d’un lieu à l’autre. Au milieu de cette allégresse, les services d’urgence signalent une augmentation familière des victimes d’accidents liés à l’alcool.
Plus de trois cents décès sur la route ont été enregistrés le décembre dernier, un tiers d’entre eux au cours des deux dernières semaines. Sur l’Avenue de la Paix, les scènes de taxis renversés et de motos brisées assombrissent l’ambiance des fêtes en quelques minutes.
Les données de l’Organisation mondiale de la santé classent la conduite en état d’ivresse parmi les principales causes de décès des personnes âgées de quinze à vingt-neuf ans en Afrique centrale. Au Congo-Brazzaville, où près de la moitié de la population a moins de trente ans, cette statistique touche de près.
Les patrouilles ne peuvent faire qu’une partie du travail. La véritable prévention commence au moment où un conducteur lève un verre.
Limites d’alcool et application sur le terrain
La loi congolaise fixe la limite de concentration d’alcool dans le sang à 0,08 pour cent, reflétant les standards régionaux. En décembre, des unités supplémentaires d’éthylotest sont déployées aux points de contrôle sur la RN1 et dans les centres urbains.
Les réactions des automobilistes sont mitigées : beaucoup coopèrent, mais quelques-uns tentent de négocier ou de fuir. Des caméras équipant désormais les voitures de patrouille documentent chaque contrôle, une mesure introduite pour assurer la transparence.
Les statistiques indiquent que les points de contrôle réduisent les accidents nocturnes d’environ vingt pour cent dans les zones où ils opèrent. Le défi réside dans la couverture ; des milliers de kilomètres de routes secondaires restent non éclairées et non surveillées.
Les autorités soulignent que la répression n’est qu’un pilier. Une approche combinant police et communication est mise en œuvre, avec des campagnes de sensibilisation par radio et SMS rappelant aux conducteurs de prévoir un retour en sécurité.
Voix communautaires et évolution des normes sociales
Dans de nombreux quartiers, les leaders communautaires relaient le message officiel. La sobriété est liée au respect de la vie, et les fidèles sont encouragés à désigner un conducteur sobre avant les veillées de Noël.
Des associations de jeunesse organisent des discussions entre pairs dans les universités, mettant en lumière le coût personnel d’une conduite imprudente. Le message est qu’un seul mauvais choix peut anéantir des décennies de rêves.
Les propriétaires de bars se joignent de plus en plus à l’effort. Certains établissements à Pointe-Noire offrent des boissons non alcoolisées gratuites aux conducteurs désignés après minuit. D’autres s’associent à des startups de VTC pour fournir des codes de réduction à l’heure de fermeture, un modèle popularisé dans le Gabon voisin.
Une évolution culturelle graduelle est observée. Boire n’est pas l’ennemi en soi. La question est de savoir si la société continue d’applaudir la personne qui insiste pour conduire ensuite.
Technologie, transport et alternatives pratiques
Une pénétration des smartphones supérieure à soixante pour cent donne aux développeurs de la marge pour innover. L’application locale Chauffeur Sûr met en relation des conducteurs vérifiés avec des fêtards qui préfèrent voyager dans leur propre véhicule tout en laissant le volant à un professionnel.
Les syndicats de taxis de Brazzaville ont testé un tarif forfaitaire pendant les fêtes l’année dernière, réduisant les marchandages sur les prix qui poussent souvent les fêtards à prendre des motos. Les premiers chiffres suggèrent que cette initiative a permis à environ douze mille passagers supplémentaires d’éviter les deux-roues pendant les nuits de pointe.
Pour les familles rurales, les options restent limitées. Le gouvernement a commencé à étendre les services de bus communautaires, avec des lignes pilotes autour de Ngo et Madingou fonctionnant jusqu’à 2 heures du matin. Les planificateurs affirment que la demande guidera les horaires permanents, sous réserve de budget.
Les compagnies énergétiques jouent également un rôle. Un partenariat de parrainage finance l’éclairage solaire sur un tronçon de dix kilomètres de la RN1, notoirement sujet aux coupures, rendant les piétons et les véhicules en panne plus visibles pour les conducteurs de nuit.
La responsabilité personnelle reste le facteur décisif
Malgré les efforts institutionnels, les experts en sécurité routière insistent sur le fait que le moment décisif se produit avant le démarrage du moteur. L’alcool altère le temps de réaction et le jugement plus que de nombreux automobilistes ne l’admettent. Un trajet de retour à la maison de trente minutes, routinier, peut devenir mortel lorsqu’il est mélangé à une intoxication même modeste.
Les autorités préviennent que les sanctions se sont durcies. Un contrevenant pour la première fois risque jusqu’à douze mois de suspension de permis, plus des amendes dépassant facilement le salaire mensuel moyen. Les récidives peuvent entraîner des peines d’emprisonnement, surtout si des blessures en résultent.
Pourtant, le moyen de dissuasion le plus fort peut être social. Les familles qui ont vécu une perte partagent fréquemment leurs histoires lors d’émissions interactives à la radio locale, semant une graine de prudence chez les auditeurs qui planifient des sorties le week-end.
Alors que le Congo-Brazzaville entre dans le corridor festif de décembre, ses villes se préparent à des nuits scintillantes de musique et de repas partagés. Une demande commune unit les différentes parties : célébrez pleinement, mais gardez les routes sobres pour que l’aube salue chacun en vie.