Cérémonie au Palais du Peuple consolide de nouvelles alliances
Le 22 décembre, le Président Denis Sassou N’Guesso se tenait sous les lustres en cristal du Palais du Peuple à Brazzaville tandis qu’une fanfare entamait l’hymne national. Un à un, trois diplomates africains s’avancèrent, présentant des lettres de créance aux bordures dorées qui marquent le début officiel de leurs missions.
La cérémonie, diffusée en direct, a souligné le calendrier diplomatique régulier du pays à la fin de l’année 2023. Des responsables du ministère des Affaires étrangères ont déclaré que ces arrivées démontrent la détermination de Brazzaville à approfondir les échanges politiques, économiques et culturels avec des États amis.
Les ambassadeurs du Gabon, de Namibie et d’Éthiopie ont été accueillis avec les honneurs militaires avant de signer le livre d’or du Palais. S’exprimant brièvement, le Président Sassou N’Guesso a décrit leur présence comme « un pont supplémentaire entre nos peuples », selon des propos diffusés ensuite par son service de communication.
L’envoyé gabonais mise sur son expérience juridique
Le premier à présenter ses lettres de créance fut Mathurin Boungou, un magistrat chevronné qui quitte l’appareil judiciaire de Libreville pour le service diplomatique. Son parcours comprend les fonctions de juge d’instruction, de président de cour d’appel et de directeur général adjoint de l’Agence juridique du Trésor gabonais, une expérience qui, selon les observateurs, pourrait faciliter la coopération juridique transfrontalière et les efforts communs contre la finance illicite.
Dans un échange avec des journalistes, Boungou a souligné que « le Gabon et le Congo partagent non seulement une frontière mais aussi une histoire ». Il a ajouté que Libreville vise à coordonner les actions en matière de certification forestière, de transparence dans le secteur pétrolier et de corridors commerciaux de la CEMAC, des domaines déjà définis dans des accords bilatéraux signés en 2019.
Des responsables gouvernementaux notent que les échanges commerciaux entre les deux voisins sont remontés à 78 milliards de francs CFA en 2022 après les perturbations liées à la pandémie. Des analystes de la Banque des États de l’Afrique centrale estiment que l’expertise juridique de Boungou pourrait accélérer les initiatives d’harmonisation douanière prévues pour début 2024.
Un vétéran namibien recherche des synergies en matière de sécurité
À 68 ans, Hopelong Uushona Iipinge apporte des décennies de service public, des affaires des anciens combattants à Windhoek à des postes d’ambassadeur précédents à La Havane. Titulaire d’une maîtrise en relations internationales de l’Université des Îles Vierges et d’un diplôme en stratégie civilo-militaire obtenu en Floride, il est connu pour son dialogue pragmatique.
S’exprimant après la cérémonie de remise des lettres de créance, Iipinge a déclaré qu’il « travaillera à donner un nouvel élan aux liens qui existent déjà dans la technologie minière et la gestion portuaire ». Le corridor de Walvis Bay en Namibie est depuis longtemps considéré à Brazzaville comme une sortie atlantique potentielle pour les cargaisons congolaises.
Des analystes de la défense estiment que l’expérience civilo-militaire de l’ambassadeur pourrait se traduire par des formations conjointes entre les unités navales congolaises et namibiennes, notamment en matière de dissuasion de la piraterie dans le golfe de Guinée. Aucune des deux capitales n’a confirmé de dates, mais les deux délégations ont exprimé leur intérêt pour une coopération maritime élargie lors de pourparlers privés.
L’envoyé éthiopien cible les corridors commerciaux
Mesfin Gebremaria Shawo, ambassadeur non résident d’Éthiopie, partage son temps entre Brazzaville et Addis-Abeba. Diplômé de l’Université d’Addis-Abeba et de l’Université du Pendjab en Inde, il a déclaré aux médias locaux que son objectif serait « la promotion commerciale, la facilitation des investissements et la diplomatie culturelle dans un esprit panafricain ».
L’Éthiopie n’a pas de littoral, mais le réseau de fret de sa compagnie aérienne nationale relie 130 destinations, dont Pointe-Noire deux fois par semaine. Shawo a évoqué la possibilité d’utiliser ce réseau pour acheminer le bois, le cacao et les produits de mode congolais vers les marchés du Moyen-Orient et d’Asie, notant que les discussions logistiques commenceraient « début de l’année prochaine ».
Le commerce bilatéral reste modeste, à 6 millions de dollars en 2022. Des économistes voient une possibilité de multiplication par dix si les accords d’investissement direct obtiennent l’approbation parlementaire dans les deux pays.
Signification stratégique pour le Congo et la région
Accueillir trois ambassadeurs de sous-régions distinctes le même jour est rare, ce qui souligne le rôle d’équilibre du Congo au sein de la CEMAC et de l’Union africaine. « Brazzaville signale son ouverture à des partenaires diversifiés tout en renforçant la solidarité africaine », a-t-on observé.
Pour le Président Sassou N’Guesso, ces lettres de créance offrent un élan avant le prochain sommet de l’UA, où le financement climatique et la sécurité domineront. Des sources ont confirmé que les dossiers préparatoires incluent déjà l’expertise gabonaise en matière de forêt tropicale, le modèle d’économie bleue de la Namibie et les réformes éthiopiennes des paiements numériques comme études de cas pour des initiatives continentales.
Des analystes nationaux voient également dans cette cérémonie un soutien au plan de diversification économique du Congo, qui cible l’agriculture, la logistique et les services financiers pour réduire la dépendance au pétrole. S’aligner sur des partenaires possédant des forces complémentaires pourrait accélérer des projets industriels tels que la zone économique spéciale prévue à l’extérieur de Brazzaville.
Alors que les ambassadeurs s’installent dans leurs fonctions, leurs agendas indiquent des visites en début d’année au port de Pointe-Noire, aux sites agricoles d’Oyo et à l’École congolaise de diplomatie. Chaque itinéraire, selon les responsables, mettra en avant un message simple : le Congo reste ouvert à une coopération fondée sur le respect, la croissance partagée et la stabilité régionale.
Dans les semaines à venir, les trois ambassadeurs finaliseront leur accréditation auprès du ministère des Affaires étrangères et visiteront les capitales provinciales. Un dépôt de gerbe conjoint au monument national le 15 janvier est prévu pour symboliser l’engagement commun en faveur de la paix en Afrique centrale.