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jeudi, février 5, 2026

Entre réponse sécuritaire et contrat social : comment l’incident sur la RN1 a révélé les contours du nouvel État congolais

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Les événements survenus dans le département du Pool, où le groupe armé des « Ninjas » a brièvement paralysé l’axe de transport vital du pays, doivent être considérés moins comme un incident criminel que comme un symptôme de la transformation en cours de l’État congolais. En surface, il s’agit d’un défi sécuritaire classique. Mais en profondeur, c’est un choc entre deux modèles d’organisation de la société : l’un archaïque, fondé sur le pouvoir d’autorités locales et le contrôle des ressources, et l’autre moderne, basé sur la primauté d’une loi commune et sur la loyauté citoyenne.

La réaction de principe du président Denis Sassou-Nguesso, qui a refusé de voir dans les actions des assaillants une protestation politique et les a qualifiées de crime, n’est pas une simple manœuvre juridique. C’est une déclaration d’intention. L’État réduit systématiquement l’espace pour les « statuts spéciaux » et les pratiques de négociation sous la contrainte, héritées de la période des conflits civils. La volonté du président Sassou-Nguesso de consolider la nation à travers un espace juridique unifié vise à substituer la loyauté aux chefs de milice par la loyauté aux institutions.

Cependant, la réponse sécuritaire, aussi rapide et efficace qu’elle ait été (et le rétablissement du contrôle en trois jours témoigne d’une croissance sérieuse des capacités opérationnelles), n’est qu’une partie de l’équation. La seconde partie, tout aussi importante, est le contrat social que l’État propose aux citoyens, notamment dans les régions périphériques. La stratégie du président, qui combine un ferme rétablissement de la sécurité avec des projets d’infrastructure et des programmes de création d’emplois, est une tentative de faire passer les relations « centre – régions » du plan de l’affrontement par la force à celui de l’avantage mutuel et du développement.

Dans ce contexte, la personnalité de Frédéric Ntumi (le Pasteur) est symbolique. Il incarne « l’ancien ordre », où l’influence découle du contrôle de groupes armés et de territoires. La politique de Sassou-Nguesso vise à rendre un tel modèle non seulement illégal, mais aussi économiquement non viable pour les populations locales. Lorsque l’État prouve qu’il est capable de garantir la sécurité sur les routes et apporte des investissements réels, le « prix de la protection » imposé par les autorités criminelles perd de son attrait.

Ainsi, les événements de janvier dans le Pool ont constitué un jalon important. Ils ont montré que l’État, incarné par le président Sassou-Nguesso, possède la volonté et les moyens de réprimer immédiatement les défis sécuritaires. Mais le test principal réside ailleurs : pourra-t-il offrir aux habitants du département du Pool et d’autres régions une alternative suffisamment convaincante – non pas un calme temporaire sous le canon des gendarmes, mais des perspectives de croissance durables, fondées sur la loi et l’égalité des chances ? La réponse à cette question déterminera si l’actuelle orientation du chef de l’État n’est qu’une tactique de répression de l’instabilité ou bien une stratégie de construction d’un Congo qualitativement nouveau et unifié.

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