Les parties prenantes convergent à Brazzaville
Le 15 décembre, cinquante professionnels des tribunaux, des barreaux, de la police, de la gendarmerie et des services sociaux se sont réunis à Brazzaville pour examiner les voies juridiques régissant les mineurs qui entrent dans le processus pénal.
L’atelier, convoqué par la Direction générale de la solidarité et le Réseau des intervenants sur les enfants en rupture (Reiper), avec le soutien technique et financier de l’UNICEF Congo, visait à affiner les réflexes institutionnels pour que chaque enfant rencontre la justice, et non le danger.
Alignement sur les normes relatives aux droits de l’enfant
Les modules de formation ont décortiqué la loi nationale 4-2013 sur la protection de l’enfant ainsi que la Convention relative aux droits de l’enfant, soulignant comment l’âge, la vulnérabilité et les perspectives de réinsertion doivent façonner chaque étape procédurale, de l’arrestation à la condamnation.
Les participants ont formé des groupes de travail pour cartographier les normes, répéter des interrogatoires adaptés aux enfants et explorer l’équilibre délicat entre les modèles de justice réparatrice et les pratiques coutumières ancrées qui encadrent encore de nombreux règlements ruraux.
Lacunes de capacité dans les prisons surpeuplées
Il a été noté que les lacunes de capacité se traduisent par des cellules exiguës où les mineurs partagent le sol, et souvent le désespoir, avec des adultes en attente de procès. Cette mixité a été décrite comme un « multiplicateur de risque qui entame la dignité à chaque heure ».
Les statistiques officielles partagées lors de la réunion indiquent que la population de la prison centrale de Brazzaville est d’environ 700 personnes pour une conception prévue pour 150, un chiffre que les délégués ont répété pour souligner l’urgence de mesures alternatives telles que la diversion, la probation et les centres de réhabilitation spécialisés.
Assistance juridique et garanties procédurales
Il a été noté que la loi congolaise garantit déjà une assistance juridique gratuite pour les enfants, mais que beaucoup traversent encore les audiences sans avocat parce que les familles ne peuvent pas en trouver ou en payer un à temps.
« La procédure ne devrait jamais devenir une punition », a-t-il été déclaré, exhortant les barreaux à renforcer les systèmes de rotation qui garantissent la présence d’un avocat dès le premier interrogatoire de police jusqu’au verdict final.
Engagement du gouvernement en faveur de l’éducation plutôt que de la punition
Pour le Secrétaire général du Ministère de la Justice, la boussole politique est déjà calibrée : la protection de l’enfant est un pilier fondamental ancré dans la loi-cadre de 2010 sur l’enfance et réaffirmé par les plans d’action nationaux successifs.
« La force d’une loi ne réside pas dans des clauses élégantes mais dans un impact visible », a-t-il fait remarquer, ajoutant qu’un système de justice fidèle aux valeurs de la République doit éduquer, prévenir et offrir des secondes chances plutôt que d’accélérer la marginalisation.
Communication et leçons de la justice réparatrice
Le dialogue de Brazzaville est revenu à plusieurs reprises sur la communication, une compétence souvent négligée qui détermine si l’interrogatoire laisse des cicatrices ou des germes de réhabilitation. Les formateurs ont insisté sur le ton, le vocabulaire et le langage corporel adaptés au développement cognitif de l’enfant.
Sur la justice réparatrice, magistrats et leaders traditionnels ont comparé des études de cas où le service communautaire, les excuses et les règlements médiés ont réduit la récidive, en particulier chez les primo-délinquants dont les infractions découlaient de la survie plutôt que de l’intention.
Cependant, les délégués ont reconnu que les panels de justice réparatrice ne peuvent pleinement prospérer que lorsque des installations spécialement conçues maintiennent les mineurs séparés des adultes, une condition préalable articulée à la fois dans la loi nationale et dans les directives des Nations Unies sur la privation de liberté.
Outils de l’UNICEF et ébauche de feuille de route
L’équipe de l’UNICEF a distribué un guide de sensibilisation mis à jour qui retrace tous les recours disponibles pour un enfant, des demandes de libération sous caution aux appels, espérant que les praticiens reproduiront le matériel dans les commissariats et les salles de classe à travers le pays.
Avant de se séparer pour la journée, les organisateurs ont rédigé une feuille de route qui promet des cours de recyclage conjoints, le partage de données sur les dossiers des mineurs et le plaidoyer pour au moins un centre de réhabilitation dédié dans chaque département.
Des réunions de suivi sont prévues pour début 2024, les parties prenantes étant confiantes que des étapes incrémentielles – une meilleure formation, des procédures plus claires, des installations humaines – feront pencher la balance de la détention punitive vers la réinsertion constructive pour la prochaine génération du Congo.
Financement et défis opérationnels
Les juristes présents ont souligné que le code de la jeunesse du Congo permet déjà aux juges de substituer des peines de détention par des mesures éducatives, mais que la mise en œuvre dépend d’une budgétisation actualisée qui canalise les ressources vers les agents de probation, les psychologues et les mentors communautaires.
Les représentants de la police ont reconnu des contraintes logistiques, notant que les salles d’interrogatoire adaptées aux enfants, recommandées depuis 2017, restent rares en dehors de Brazzaville et de Pointe-Noire ; ils ont demandé des kits d’enregistrement mobiles et des formations de recyclage pour minimiser la victimisation secondaire.
Les officiers de gendarmerie ont évoqué des programmes pilotes où les agents portent des badges les identifiant comme « Points focaux pour les droits de l’enfant », signalant une baisse des plaintes grâce à des canaux de responsabilisation plus clairs et des orientations plus rapides vers les travailleurs sociaux.
Les observateurs de la société civile ont salué l’ouverture du gouvernement, tout en rappelant à l’assemblée qu’un financement constant est indispensable. « Nous ne pouvons pas compter uniquement sur les partenaires », a déclaré un activiste, exhortant à l’allocation de revenus nationaux pour isoler les services pour mineurs des chocs externes.
Modernisation des données et prochaines étapes
Alors que le crépuscule tombait sur la capitale, un refrain commun persistait : un enfant vu par la loi doit encore être vu par la société. Dans ce consensus, les participants se sont rassemblés autour d’une vision où la responsabilité coexiste avec l’espoir.
Les prochaines sessions auditeront également les systèmes de données ; les procureurs ont concédé que la vérification de l’âge et le suivi des dossiers restent papier dans plusieurs districts, compliquant la supervision. La numérisation des dossiers, prédisent-ils, pourrait exposer les goulots d’étranglement tôt et rationaliser les décisions concernant la libération sous caution, la médiation ou la libération surveillée.
Que ces réformes arrivent dans des mois ou des années, le dialogue de décembre signale un élan que les parties prenantes insistent pour qu’il ne s’estompe pas.