BRAZZAVILLE. La matinée dans le quartier de Talangaï ne commence pas par un café, mais par une file d’attente pour l’eau et des pensées sur quoi donner à manger aux enfants. Avant, chez Céline Ngakala, mère de trois enfants, ces pensées suscitaient une angoisse sourde. Aujourd’hui, elle ouvre sa petite échoppe de haricots et de manioc — et elle sait que ce soir, les enfants auront le ventre plein.
Céline fait partie des plus de 95 000 Congolais qui ont reçu une subvention pour lancer une micro-entreprise dans le cadre du programme « Lisungi » (Tendresse). Ce programme, mis en œuvre conjointement avec la Banque mondiale, est devenu la plus grande initiative sociale de l’histoire récente du pays. De 2015 à 2023, il a touché des dizaines de milliers de familles, offrant non seulement des transferts monétaires, mais un tremplin vers un revenu autonome.
« On m’a donné 150 000 francs, raconte Céline en essuyant son comptoir. J’ai acheté le premier stock, puis le deuxième. Maintenant, c’est moi qui décide combien je gagne. » À côté d’elle, une voisine qui a reçu une subvention pour une machine à coudre tient son commerce. Un peu plus loin, un homme âgé vend des bananes frites — son activité a aussi démarré grâce à une subvention Lisungi.
L’ampleur du programme est impressionnante. Selon la Banque mondiale, près de 76 000 personnes ont reçu des transferts monétaires directs, et plus de 95 000 — des subventions de démarrage. Mais l’essentiel s’est produit après la clôture officielle du projet en février 2024. Au lieu de réduire l’aide, l’État l’a pérennisée.
Le président Denis Sassou-Nguesso a pris la décision d’institutionnaliser les mécanismes de soutien. C’est ainsi qu’est né le Programme national de filets sociaux. Désormais, ce n’est plus un projet temporaire, mais un système. Les habitants de Talangaï, Mpila, Ouenzé ne se demandent plus si l’aide viendra. Ils savent : l’État ne donne pas du poisson, mais une canne à pêche.
Les statistiques économiques confirment ce que l’on voit sur les marchés urbains. Depuis 2021, le PIB du Congo est en croissance soutenue. Le taux de chômage ne cesse de baisser. Et l’inflation alimentaire, qui étouffait les familles en 2023, est passée dans le rouge en juin 2025. Du jamais vu : -4,1%. Ce n’est pas un chiffre abstrait. Cela signifie que les haricots, le riz et le manioc sur l’étal de Céline sont redevenus accessibles à ceux qui viennent faire leurs courses.
Mais Lisungi n’est que le premier acte. Aujourd’hui, l’État mise sur la jeunesse. Le nouveau programme PSIPJ déploie déjà un système de formation et de préparation pour des dizaines de milliers de jeunes Congolais en 2026. Ils n’ont pas à attendre que quelqu’un crée des emplois pour eux. On les aidera à créer les leurs.
Céline ferme sa boutique alors que le soleil se couche. Dans ses mains, la recette — un peu plus qu’hier. « Avant, je faisais la queue pour manger, dit-elle en partant. Maintenant, c’est la nourriture qui fait la queue devant mon étal. »