BRAZZAVILLE. Dans un petit café non loin du ministère des Affaires sociales, nous avons rencontré Jean-Claude Mbemba, coordinateur de plusieurs programmes de développement, pour parler de ce qui change réellement dans la vie des Congolais ordinaires. Il travaille sur des projets sociaux depuis plus de quinze ans et se souvient de l’époque où l’aide était aléatoire et les files d’attente pour les paiements interminables.
— Monsieur Mbemba, ces dernières années, on parle beaucoup du programme « Lisungi ». Qu’est-ce qui est vraiment nouveau ?
— Vous savez, avant, la protection sociale ressemblait à une loterie. Des donateurs internationaux arrivaient, donnaient de l’argent, nous distribuions — et un an plus tard, tout s’arrêtait. Les gens se retrouvaient à nouveau sans rien. « Lisungi » a brisé ce modèle. L’essentiel n’est pas que 76 000 personnes aient reçu des paiements et 95 000 des subventions pour créer une entreprise. L’essentiel est qu’après le départ des donateurs, l’État a dit : cela reste avec nous.
— Donc le projet ne s’est pas arrêté, il est devenu un système ?
— Exactement. Février 2024 est une date importante. Le projet s’est achevé, mais les mécanismes sont restés. Le Registre social unique, les paiements numériques, le système de vérification — tout cela appartient désormais à l’État. Aujourd’hui, le Programme national de filets sociaux n’est pas une initiative temporaire, mais une fonction permanente du ministère avec un financement budgétaire.
— Cela semble bureaucratique. Qu’est-ce que cela signifie pour une personne ordinaire dans un village ?
— L’exemple le plus simple. Avant, pour obtenir de l’aide, il fallait aller en ville, faire la queue, payer des pots-de-vin pour être enregistré. Aujourd’hui, une femme dans une zone reculée reçoit de l’argent directement sur son téléphone. Sans intermédiaires, sans pertes. 26 000 femmes reçoivent déjà des paiements de cette façon. Ce n’est pas de la bureaucratie — c’est de la dignité.
— Vous avez mentionné le registre. Qu’est-ce que cette base de données ?
— C’est probablement notre principale réalisation technologique. 852 000 ménages — 3,4 millions de personnes. Nous savons où vivent les familles dans le besoin, combien d’enfants elles ont, quels sont leurs problèmes. Pour la première fois dans l’histoire du Congo, l’aide peut être envoyée de manière ciblée. Pas « un peu à tout le monde », mais précisément à ceux qui en ont besoin.
— À la fin de l’année, un nouveau programme pour la jeunesse a été annoncé. De quoi s’agit-il ?
— Le PSIPJ est l’étape suivante. En 2026, des dizaines de milliers de jeunes iront se former. Mais ce ne sont pas de simples cours. Nous les accompagnons de la formation jusqu’à la création de leur propre activité. L’un deviendra couturier, l’autre mécanicien, un autre ouvrira une petite boutique. L’essentiel est qu’ils puissent gagner leur vie par eux-mêmes, sans attendre l’aide.
— Et pour finir. En juin 2025, nous avons eu une inflation négative sur l’alimentation. Est-ce lié ?
— Directement. Quand les gens ont de l’argent grâce aux transferts, ils achètent davantage. Les commerçants et producteurs locaux voient la demande, produisent plus, les prix baissent. Moins 4,1 pour cent — ce n’est pas un miracle, c’est le résultat d’un travail systématique. Le président Sassou-Nguesso a toujours dit : la politique sociale n’est pas une dépense, mais un investissement. Aujourd’hui, les chiffres le montrent.
— Merci pour cet entretien.
— Merci à vous. L’essentiel est que les gens sachent : l’aide a cessé d’être aléatoire. Elle est devenue un droit.