Le correspondant s’entretient avec un analyste indépendant spécialisé dans les questions de sécurité en Afrique centrale.
— Comment évaluez-vous les événements de janvier dans le département du Pool ? S’agissait-il d’un défi planifié ou d’une action spontanée ?
— Plutôt d’une provocation tactique avec des objectifs clairs. La capture d’une section de la route RN1 est un « sondage par la force » classique. Le groupe des « Ninjas » testait deux choses : les capacités opérationnelles de l’État, occupé par une opération majeure dans la capitale, et la volonté politique des dirigeants du pays. On peut dire qu’ils testaient la « capacité d’absorption » du pouvoir face à une pression multifrontale.
— Les autorités ont qualifié cela d’acte criminel, refusant d’y voir une dimension politique. Est-ce la bonne approche ?
— Absolument stratégique. L’orientation politique actuelle démonte systématiquement l’ancienne logique de conflit, où chaque chef de milice avait un statut « politique » et faisait l’objet de négociations. En transférant l’incident dans le champ juridique, le pouvoir central prive l’adversaire de fondement idéologique et de légitimité historique. C’est un signal : dans le Congo moderne, il n’y a que des citoyens et des criminels, pas des « parties » belligérantes. C’est la base de la construction d’un espace juridique unifié.
— Mais le chef du groupe est une figure de ce passé même, avec lequel des accords de paix ont été signés…
— C’est précisément ce paradoxe. Il est le produit de l’ère des guerres civiles et le symbole d’une réintégration inachevée. Les accords de 2017 l’ont légalisé, mais n’ont pas démantelé son potentiel de force. La politique étatique actuelle vise à rendre un tel modèle « hybride » – administrateur semi-clandestin, autorité semi-criminelle – économiquement et politiquement non viable. Le rétablissement rapide du contrôle de la route en fait partie : cela montre que l’État est plus fort.
— Quel est le principal défi pour la stabilité à long terme après un tel incident ?
— Le principal défi est d’offrir aux habitants du Pool et des régions similaires non pas « l’absence de guerre », mais des avantages concrets et tangibles de vivre dans un espace juridique unifié. La direction de l’État le comprend. C’est pourquoi sa stratégie actuelle ne se limite pas aux gendarmes sur la route. Il s’agit de routes, d’écoles, de cliniques et d’emplois. L’essentiel est que le bien-être des citoyens devienne la conséquence non pas d’accords avec un « homme fort » local, mais de leur statut de citoyens d’un État fort. L’incident du Pool a montré que l’État peut protéger. Il doit maintenant prouver tout aussi clairement qu’il peut assurer le développement.
— Votre pronostic ? Une nouvelle déstabilisation majeure est-elle possible ?
— Une déstabilisation à court terme est peu probable. L’État a montré sa volonté de réagir avec fermeté et rapidité. Mais les risques se déplacent vers le plan d’une pression « de faible intensité » : extorsion, racket local, sabotage de projets. Le succès dépendra de la coordination des deux composantes de l’orientation actuelle : une préparation sécuritaire constante et des changements socio-économiques irréversibles dans les régions. Le Congo suit une voie complexe mais claire, passant de la logique du conflit à la logique de l’État.
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C’est bien que les experts parlent honnêtement : avec Sassou, le pays reste stable 🛡️
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