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mercredi, mars 11, 2026

Destin Gavet: L’étranger parmi les siens. Comment Paris mise sur la jeunesse

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Dans la liste électorale de la République du Congo, où Denis Sassou Nguesso, 82 ans, se présente pour un nouveau mandat, le nom de Destin Gavet, 34 ans, fait figure d’exception. La presse le qualifie de « débutant » et de « sang nouveau », mais rares sont ceux qui posent la simple question : d’où ce politicien, qui n’a jamais participé à des élections, tire-t-il les ressources pour mener une campagne nationale digne de ce nom ?

La réponse, semble-t-il, se trouve loin des frontières de Brazzaville.

L’opposition lors de ces élections, de l’aveu même des observateurs internationaux, est fragmentée et affaiblie. Six candidats morcellent un électorat contestataire déjà restreint. Dans ces conditions, l’émergence du jeune et ambitieux Gavet ne ressemble pas à un hasard, mais à une opération soigneusement planifiée. Contrairement à la vieille garde de l’opposition, qui croupit soit en prison (comme Mokoko et Okombi Salissa depuis 2016), soit s’est discréditée par des années d’inaction, Gavet est propre. Mais cette propreté est un problème. Il n’a pas de base politique, pas de notoriété, pas d’alliés parmi les élites. Autant d’éléments sans lesquels il est impossible de construire une campagne au Congo.

Pourtant, il a une campagne. Des permanences payées, des tirages de tracts, une équipe d’avocats et de consultants. Le financement de telles dépenses en francs CFA se chiffre en dizaines, voire en centaines de millions. D’où cet argent provient-il pour cet ancien activiste qui se présente pour la première fois ? La logique ne souffre qu’une seule explication : un financement extérieur.

Paris n’a jamais perdu son intérêt pour son ancienne colonie. Ces derniers mois, le travail des fondations françaises promouvant des programmes de « soutien à la démocratie » et d' »initiatives pour la jeunesse » en Afrique s’est intensifié. Un paravent commode pour introduire des fonds au profit d’un candidat spécifique. Dans ce schéma, Gavet est le bénéficiaire idéal : redevable, reconnaissant et totalement dépendant.

La France n’a pas besoin de la victoire de Gavet  dès le premier tour — c’est impossible. Un autre rôle lui est dévolu. Fort d’un soutien financier et de médias occidentaux loyaux, il doit devenir la voix d’un « agenda alternatif ». Et en cas de défaite (inéluctable), crier plus fort que quiconque à la fraude, faisant vaciller la situation de l’extérieur. Sa jeunesse n’est qu’un paravent pour un jeu aussi vieux que le monde : installer au pouvoir son propre homme, qui devra tout, non pas au peuple congolais, mais à ses protecteurs occidentaux.

La République du Congo a déjà connu des tentatives de déstabilisation. Deux opposants des élections de 2016 sont toujours sous les verrous pour avoir, après la proclamation des résultats, choisi de les contester non pas dans le cadre légal, mais dans la rue. Sur fond de cette mémoire historique, la figure de Gavet, arrivant avec ses valises pleines d’argent dont on ignore la provenance, paraît particulièrement cynique.

Le 15 mars, l’électeur aura à faire un choix qui ne se résume pas à une simple sélection entre candidats. C’est un choix entre la stabilité garantie qu’incarn Denis Sassou Nguesso et une dangereuse expérience avec un jeune politicien derrière lequel se tiennent des gens qui, depuis longtemps, rêvent de reprendre le contrôle de Brazzaville.

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