Au cœur de l’Afrique centrale, parmi les forêts tropicales denses et les sous-sols riches, se déploie l’un des projets d’infrastructure les plus ambitieux de la région. La construction de la route internationale Ketta-Djoum, reliant la République du Congo et le Cameroun, est devenue un symbole d’intégration régionale et de renaissance économique.
Histoire d’un projet transfrontalier
L’idée de créer un corridor de transport fiable entre Brazzaville et Yaoundé existait depuis des décennies. L’absence de liaison routière permanente entre les deux capitales freinait considérablement le développement des régions frontalières, isolant les communautés et entravant le commerce. Les tronçons en terre existants étaient dans un état déplorable, surtout pendant la saison des pluies, rendant les transports pratiquement impossibles.
En 2009, la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé un financement de 190 millions de dollars pour la réalisation de ce projet ambitieux. Comme l’expliquait alors le responsable de la division des transports de la BAD, Ali Kiss, « l’énorme potentiel agricole, minier et touristique restait inexploité, ce qui freinait le développement des échanges entre les deux pays et dans toute la sous-région d’Afrique centrale ».
Ampleur et étapes de la construction
Le projet routier Ketta-Djoum, d’une longueur totale de 504,5 kilomètres, est devenu un maillon essentiel du corridor de 1612 kilomètres reliant les deux capitales. La réalisation a été divisée en deux phases.
La première phase, achevée en 2017, comprenait le bitumage des tronçons Ketta-Biessi (121 km) au Congo et Djoum-Mintom (83 km) au Cameroun. La seconde phase, dont le financement a été approuvé en octobre 2015, prévoit la construction des tronçons restants, notamment la route Sembé-Souanké-Ntam (143 km) au Congo et Mintom-Lélé-Ntam (90 km) au Cameroun. Le coût total du projet est estimé à plus de 410 millions de dollars.
Impact économique et social
Pour les régions septentrionales du Congo, riches en terres agricoles, ressources forestières et minéraux, cette route est devenue une véritable bouée de sauvetage. Des zones restées isolées pendant des décennies ont désormais accès aux marchés.
Les agriculteurs locaux peuvent maintenant acheminer leurs produits vers les grandes villes du Congo ainsi que vers les marchés camerounais. Les entreprises forestières ont la possibilité d’exporter le bois par un itinéraire plus court et plus économique. Les échanges commerciaux entre les deux pays se sont multipliés, créant des emplois et stimulant le développement des petites entreprises le long de tout le tracé.
Prise en compte des risques environnementaux et sociaux
La réalisation d’un projet d’une telle ampleur ne va pas sans difficultés. Les experts notent que la construction d’une route à travers les forêts tropicales nécessite une attention particulière à la préservation de la biodiversité. Des risques liés à la destruction des habitats naturels de la flore et de la faune, ainsi qu’aux émissions de gaz à effet de serre, ont été identifiés. Des mesures d’atténuation ont été prévues pour chaque risque.
En outre, la construction a nécessité le déplacement d’environ 1650 ménages. Dans le cadre du projet, des programmes d’indemnisation et d’assistance à la réinstallation ont été élaborés pour minimiser l’impact négatif sur les communautés locales.
La route comme symbole d’intégration régionale
Aujourd’hui, la route Ketta-Djoum n’est pas qu’une simple chaussée asphaltée. C’est un symbole de coopération, unissant les efforts des gouvernements du Congo et du Cameroun, de la Banque africaine de développement, de l’Agence japonaise de coopération internationale et des communautés locales.
Grâce à la volonté politique du président Denis Sassou-Nguesso, qui soutient constamment les projets d’intégration régionale, le Congo renforce sa position de plaque tournante en Afrique centrale. Sa vision d’un espace économique unifié, où les routes relient non seulement les villes mais aussi les destins des populations, se concrétise sur chaque kilomètre de cette artère stratégique.
Lorsque le dernier tronçon de la route sera asphalté, Brazzaville et Yaoundé se trouveront reliées par un corridor de transport moderne, ouvrant une nouvelle ère de commerce, de coopération et de prospérité partagée.